A propos

Ashley Gauvin

Le cinéma est considéré comme l’une des formes d’expression artistique les plus dynamiques. L’art cinématographique permet aux artistes de visualiser et d’explorer leur univers personnel. Il ouvre sur de nouvelles perspectives en donnant aux artistes la possibilité de commenter et de réfléchir à la culture dans laquelle ils vivent. Mais bien souvent, les aspirants cinéastes font face à des obstacles quand ils cherchent à créer leurs premiers films, et les contraintes financières les empêchent d’accéder à l’équipement et à la formation technique nécessaires pour y arriver.

En 1987, constatant que de nombreux cinéastes d’Ottawa faisaient face à ce genre de difficultés, SAW Video a créé le programme de subventions JumpstART, qui chaque année offre une aide financière et technique aux aspirants cinéastes et artistes d’Ottawa. Le programme a d’abord été conçu comme un moyen d’offrir aux artistes locaux la possibilité de s’impliquer dans le domaine du cinéma et de la vidéo, et ce en soutenant la production d’œuvres de type narratif, documentaire ou expérimental. Trente ans plus tard, ce programme est devenu un élément essentiel pour la promotion des jeunes talents à Ottawa. Le programme a permis de soutenir plus de 80 artistes dans la création et la production de leurs premiers films, et nombre d’entre eux ont par la suite mené des carrières fructueuses en production cinématographique et en arts médiatiques.

: Still from Femme d’intérieur - Angèle Gagnon

L’un des premiers artistes d’Ottawa à participer au programme fut Angèle Gagnon, qui, en 1987, a profité de JumpstART pour réaliser son film expérimental Femme d’intérieur. L’artiste affirme que le programme lui a permis « d’explorer un nouveau mode d’expression », et elle évoque les modestes débuts de SAW Video, qui à l’époque était une simple coopérative dotée d’une petite salle de montage : « Dans cette minuscule pièce, j’ai appris les rudiments du montage ; peu à peu, dans la ferveur et le plaisir, Femme d’intérieur a pris forme. À chaque étape du projet, SAW Video m’a apporté un soutien sans réserve. Lors de la première, devant une salle pleine, Victor Dyke (le seul employé de SAW Video à l’époque) a présenté le film avec chaleur et sincérité. »

Cette expérience avec JumpstART a marqué le début de la carrière d’Angèle à titre d’artiste médiatique, et elle a eu des répercussions sur l’ensemble de son parcours. Après avoir créé son premier film, elle est devenue directrice de SAW Video Co-op, puis elle a travaillé pendant trois ans à la production de Accent in the Arts, une émission mensuelle diffusée à la télévision communautaire qui offrait une couverture bilingue des activités de la Cour des arts. Pendant toute sa carrière, Angèle a continué à travailler à des productions indépendantes, assumant la réalisation et le montage de documentaires et de messages d’intérêt public pour un organisme qui travaille à améliorer la qualité de vie des enfants amputés. Aujourd’hui à la retraite, Angèle Gagnon est un exemple du fait que JumpstART peut avoir un véritable impact sur la vie de ses participants.

burger walla

En plus de permettre à des aspirants cinéastes d’amorcer leur carrière, JumpstART a donné l’occasion à des artistes établis d’explorer un médium auquel ils n’auraient pas eu accès autrement. Ce fut le cas pour le photographe Lyndon Goveas, qui fut récipiendaire d’une subvention JumpstART en 1999. Jusqu’alors, Goveas travaillait uniquement comme photographe, et il n’avait aucune expérience notable en création cinématographique. Le programme JumpstART lui a donné la possibilité d’explorer ce médium en réalisant le film burger-walla. Ce court-métrage donne la parole à des immigrants établis au Canada et témoigne des défis auxquels ceux-ci doivent faire face en termes d’acceptation sociale, de difficultés économiques et d’isolement. Travaillant aujourd’hui comme réalisateur et photographe dans la région de la capitale nationale, Lyndon voit dans son art un moyen de faire la lumière sur les injustices et la discrimination sociales. Il y a dix-sept ans, le programme JumpstART a permis à Lyndon d’amorcer cette mission en explorant l’image en mouvement.

Depuis sa création, le programme JumpstART n’a cessé d’appuyer les jeunes cinéastes. Morgana McKenzie n’avait que quinze ans lorsqu’elle a reçu une subvention JumpstART en 2004, ce qui lui a permis de réaliser son court-métrage Kurayami No Wa (Circle of Darkness). Bien que le film ait été présenté dans de nombreux festivals, elle affirme ne pas pouvoir le regarder sans en voir tous « les défauts et aspects décevants ». Depuis qu’elle a obtenu cette subvention, Morgana a réalisé un bon nombre de films. Elle a remporté une trentaine de prix, dont le prix du Meilleur réalisateur de moins de 25 ans aux Prix de la vidéo indépendante d’Ottawa 2015, et ses films ont été présentés dans plus d’une centaine de festivals. Bien qu’elle soit critique envers son film réalisé grâce à JumpstART, elle n’en affirme pas moins que cette expérience a été cruciale dans son développement artistique : « Je sais que si j’ai pu faire des films plus réussis par la suite, c’est grâce à l’expérience que acquise avec JumpstART. »

Cette année marque le 35e anniversaire du centre d’arts médiatiques SAW Video. Sa directrice, Penny McCann (qui fut elle-même bénéficiaire de JumpstART), a pensé qu’il serait intéressant de commémorer cette étape importante en célébrant le programme JumpstART (toujours en vigueur) et en mettant à l’honneur un certain nombre de films et de vidéos réalisés dans ce cadre. Une projection rétrospective a eu lieu le vendredi 11 novembre au théâtre de la Cour des arts, au cours de laquelle ont été présentées des œuvres produites entre 1987 et cette année.

Morgana, Angèle et Lyndon ne sont que trois exemples parmi les nombreux cinéastes et artistes mis à l’honneur lors de cette rétrospective JumpstART. D’une durée de 90 minutes, le programme comprenait quinze œuvres réalisées par Angèle Gagnon, Lynne Nicolson, Allen Deleary, Lyndon Goveas, k.g. Guttman, Philip Rose, James Greatrex, Ben Walker, Christopher Rohde, Morgana McKenzie, Megan Turnbull, Matt Miwa, Riley Rempel, Sergio Guerra, Gillian Kirkland et Andrew Letourneau. C’est avec une grande fierté que SAW Video a organisé cette rétrospective, tant il aurait été difficile d’imaginer, il y a près de trente ans, que les subventions JumpstART contribueraient de manière importante à encourager les ambitions de la communauté artistique d’Ottawa.



Angele Gagnon – Femme d’interieur


Philip Rose – Landscape of here and there


Riley Rempel – Lately

_________________________________

image credits:

1) Still from Femme d’intérieur - Angèle Gagnon

2) Still from burger walla - Lyndon Goveas

3) Still from Kurayami No Wa (Circle of Darkness) – Morgana McKenzie


Website © 2014 SAW Video Association
Centre d'art médiatique SAW Video
67, rue Nicholas, Ottawa (Ontario) K1N 7B9 Canada
t 613-238-7648
e sawvideo@sawvideo.com